Modes d’exercice
S’installer en libéral en Nouvelle-Calédonie : ce qu’il faut savoir
En bref — Un médecin français peut s’installer en libéral en Nouvelle-Calédonie, sans visa, mais sous un régime local distinct du métropolitain : fiscalité, protection sociale et conventionnement y obéissent à des règles propres. Dans les quatre communes du Grand Nouméa, le conventionnement est même contingenté et passe par une liste d’attente (CAFAT, 2025). La densité médicale passe de 246,0 pour 100 000 habitants en province Sud à 87,3 aux Îles Loyauté (DASS-NC, 2015). C’est un projet long, à préparer sur place.
Peut-on s’installer en libéral en Nouvelle-Calédonie ?
Oui. Un médecin titulaire d’un diplôme français peut exercer en libéral en Nouvelle-Calédonie, sans visa ni permis de travail. La condition est administrative : une installation durable relevant par définition d’un exercice de plus de trois mois, elle impose l’inscription au tableau de l’Ordre des médecins de Nouvelle-Calédonie, l’enregistrement des originaux de vos diplômes auprès de la DASS-NC, le transfert de votre dossier ordinal et un rendez-vous avec un conseiller avant tout début d’activité. Une attestation d’assurance en responsabilité civile professionnelle est exigée, et elle l’est d’autant plus en libéral.
Disons tout de suite ce que la suite de cette page va démontrer : c’est possible, mais ce n’est pas le bon premier pas. Sur les quatre façons d’exercer en Nouvelle-Calédonie, l’installation libérale est celle qui demande le plus de temps, le plus d’engagement financier et la meilleure connaissance préalable du terrain.
Le statut : pourquoi ce n’est pas le statut métropolitain
La Nouvelle-Calédonie exerce des compétences propres : elle est compétente en matière de santé publique et de réglementation sanitaire, elle a sa propre fiscalité et sa propre protection sociale. Un médecin libéral y est un travailleur indépendant relevant du droit local — imposition locale, contribution locale sur l’activité professionnelle, affiliation locale — et non du régime métropolitain transposé.
Concrètement, cela veut dire que les réflexes acquis en métropole ne sont pas transposables tels quels : ni le calcul des charges, ni le régime de retraite, ni les modalités de conventionnement. Les grandes lignes de la fiscalité calédonienne applicable à un praticien sont exposées sur la page impôts et fiscalité du médecin.
Le conventionnement et la CAFAT
La protection sociale calédonienne repose sur la CAFAT, qui gère la couverture de base obligatoire des salariés et assimilés : maladie et maternité via le RUAMM, accidents du travail et maladies professionnelles, vieillesse, chômage, famille. Elle gère également la couverture maladie des fonctionnaires et des travailleurs indépendants. Les fonctionnaires relèvent pour la retraite d’une caisse locale dédiée, et des mutuelles proposent les couvertures complémentaires (CAFAT, 2026).
À côté, l’aide médicale est un dispositif provincial, destiné aux personnes sans assurance obligatoire ou à faibles revenus. Elle ouvre le tiers payant, n’est valable qu’en Nouvelle-Calédonie ou dans le cadre d’une évacuation sanitaire, et laisse en principe un ticket modérateur de 10 % à la charge de l’assuré, sauf longue maladie ou exonération (service-public.nc, 2026).
Pour un praticien libéral, c’est le point à instruire en premier : une part significative de votre patientèle relèvera de l’un ou l’autre de ces régimes, avec des modalités de prise en charge et de facturation distinctes de celles de l’assurance maladie métropolitaine.
Le conventionnement est contingenté dans le Grand Nouméa
C’est le point que presque personne n’anticipe, et il peut décaler un projet de plusieurs années. L’accès au conventionnement n’est pas libre partout. La convention médicale type applicable en Nouvelle-Calédonie distingue une zone soumise à régulation, qui rassemble les quatre communes du Grand Nouméa — Nouméa, le Mont-Dore, Dumbéa et Païta — et le reste du territoire, où le conventionnement n’est pas contingenté (CAFAT, convention médicale type consolidée au 29 juillet 2025, art. 8).
La conséquence est nette. Hors de ces quatre communes, le praticien indique simplement la commune où il va s’installer et instruit un dossier de conventionnement ordinaire. Dans ces quatre communes, les nouveaux conventionnements sont attribués un par un, au vu des conclusions d’une commission territoriale et après avis conforme du comité technique de gestion du risque, selon la priorité et l’antériorité de la demande. Le médecin qui n’obtient pas de place s’inscrit sur une liste d’attente, tenue commune par commune et consultable par les intéressés.
Trois autres règles pèsent directement sur le calendrier d’un projet libéral.
- Trois mois pour la décision. La CAFAT notifie sa décision dans un délai de trois mois à compter de la réception du dossier complet. En cas de refus, les voies de recours de droit commun restent ouvertes.
- Trois mois pour ouvrir. L’autorisation de conventionnement est accordée à titre individuel et nominatif, pour une spécialité donnée. Elle tombe si le praticien ne s’installe pas et n’entre pas en activité dans les trois mois suivant la notification. Une prorogation de deux mois, non renouvelable, existe pour un cas de force majeure justifié.
- Deux ans pour transmettre. Reprendre le cabinet d’un confrère est la seconde porte d’entrée en zone régulée : le successeur bénéficie de droit du régime conventionnel dans la même commune, dès lors que le cédant y a exercé sous convention pendant au moins deux ans et se déconventionne. En cas de décès du praticien, le transfert est de droit, sans condition de durée d’exercice.
À l’inverse, lorsqu’un médecin cesse son activité dans une commune régulée sans céder son cabinet, son conventionnement lui est retiré, puis proposé au premier praticien prioritaire ou, à défaut, au premier inscrit sur la liste d’attente de la commune concernée. C’est ce mécanisme qui fait vivre la liste (CAFAT, art. 8.9, 2025).
Pour un médecin qui vise le Grand Nouméa, la lecture pratique tient en une phrase : une installation libérale à Nouméa ne se planifie pas sur la date de votre arrivée, mais sur le rythme d’une liste d’attente et des cessions de cabinet. C’est une raison de plus pour laquelle les praticiens que nous accompagnons arrivent presque tous par un poste salarié ou un remplacement — y compris ceux qui finiront par s’installer.
📍 Où s’installer : la carte de la densité
C’est le tableau qui devrait décider de votre implantation, plutôt que la photo du lagon.
Trois enseignements se dégagent de ces valeurs, et ils vont dans le même sens.
- La province Sud concentre l’offre. Sa densité est le double de celle de la province Nord et près du triple de celle des Îles Loyauté (DASS-NC, 2015). C’est aussi là que vivent près de trois Calédoniens sur quatre, et donc là que la concurrence est réelle.
- La spécialité, elle, ne sort presque pas de Nouméa. 304 spécialistes exercent dans le Grand Nouméa, soit 94,1 % du total, et aucun n’est installé en province des Îles Loyauté (DASS-NC et INSEE via l’IEOM, 2019).
- Mais hors du Grand Nouméa, la permanence des soins est publique. Elle est assurée par les centres médico-sociaux, pas par une garde libérale de secteur. Une installation en brousse ou aux Îles ne se substitue pas à cette offre : elle doit s’y articuler.
Autrement dit, la carte de la pénurie n’est pas une carte des opportunités libérales : là où il manque le plus de médecins, c’est le salariat public qui recrute, et il recrute en continu. Le détail de ces postes est sur le guide des quatre modes d’exercice.
Salariat, libéral ou mixte : le comparatif
| Critère | Remplacement | Salariat (CMS ou hôpital) | Installation libérale |
|---|---|---|---|
| Engagement | À partir d’un mois, renouvelable | Six mois à deux ans, renouvelable | Plusieurs années |
| Formalités d’Ordre | Allégées sous trois mois | Inscription complète au-delà de trois mois | Inscription complète, obligatoire |
| Accès au conventionnement | Sans objet | Sans objet | Contingenté dans le Grand Nouméa, libre ailleurs |
| Investissement de départ | Aucun | Aucun | Local, équipement, trésorerie |
| Logement et véhicule | Selon le poste | Logement de fonction et véhicule de service en CMS | À votre charge |
| Revenu | Immédiat, contractuel | Traitement indexé, avantages en nature selon le poste | Différé, dépendant de la patientèle |
| Réversibilité | Totale | Élevée | Faible |
| Bon pour | Découvrir le territoire | S’installer dans la durée sans risque financier | Un projet mûri, après une première expérience sur place |
La lecture de ce tableau explique pourquoi la très grande majorité des praticiens que MEDI’CAL accompagne arrivent par le remplacement ou par un contrat salarié : on connaît le terrain avant d’y engager son patrimoine.
Ce que MEDI’CAL fait — et ne fait pas
Ce que nous pouvons faire, en revanche, est utile à un projet libéral : vous donner une lecture honnête du besoin réel par territoire, vous placer sur une mission ou un contrat qui vous fera connaître la Nouvelle-Calédonie de l’intérieur, et vous éviter de découvrir après coup les particularités du régime local. Beaucoup d’installations réussies commencent par un contrat salarié de six mois.
Quatre questions sur l’installation libérale
Peut-on s’installer en libéral à Nouméa quand on veut ?
Non. Nouméa, le Mont-Dore, Dumbéa et Païta forment la zone soumise à régulation de la convention médicale calédonienne : les nouveaux conventionnements y sont attribués un par un, selon la priorité et l’antériorité de la demande. Le praticien qui n’obtient pas de place s’inscrit sur une liste d’attente, à renouveler avant le 31 octobre de chaque année. Deux portes échappent à ce contingentement : reprendre le cabinet d’un confrère conventionné depuis au moins deux ans, ou s’installer hors de ces quatre communes, où le conventionnement reste libre (CAFAT, convention médicale type consolidée au 29 juillet 2025, art. 8).
Y a-t-il des zones sous-dotées où une installation libérale a du sens ?
Oui, et l’écart est spectaculaire. La densité médicale est de 246,0 pour 100 000 habitants en province Sud, contre 123,5 en province Nord et 87,3 en province des Îles Loyauté (DASS-NC, 2015). Mais attention : hors du Grand Nouméa, la permanence des soins est assurée par les centres médico-sociaux, pas par une garde libérale. Une installation y suppose donc d’articuler son projet avec l’offre publique existante.
Le conventionnement fonctionne-t-il comme en métropole ?
Non. La Nouvelle-Calédonie a son propre régime de protection sociale : la CAFAT gère la couverture maladie des salariés via le RUAMM, celle des fonctionnaires et celle des travailleurs indépendants, et les provinces gèrent l’aide médicale. Les relations entre un praticien libéral et ces organismes obéissent à des règles locales, à vérifier auprès des administrations compétentes avant toute décision d’installation.
Faut-il s’installer en libéral pour tester la Nouvelle-Calédonie ?
Surtout pas. L’installation libérale est le plus engageant des quatre modes d’exercice : démarches locales, investissement, patientèle à construire, revenus différés. Pour découvrir le territoire, un remplacement d’un à trois mois ou un contrat salarié de six mois donnent la même connaissance du terrain, avec un engagement et un risque bien moindres. On décide de s’installer après, en connaissance de cause.
Les questions transverses — diplôme, visa, famille, coût de la vie — sont regroupées dans la foire aux questions.
Pour aller plus loin
- Combien gagne vraiment un médecin en Nouvelle-Calédonie ? — les scénarios comparés, salarié et remplaçant.
- Où manquent vraiment les médecins en Nouvelle-Calédonie — pour situer votre spécialité et votre commune avant de vous implanter.
- S’installer en Nouvelle-Calédonie : la checklist — la partie vie quotidienne, distincte de l’installation professionnelle.
- Devenir infirmière libérale en Nouvelle-Calédonie — le profil connexe, sur le site officiel MEDI’CAL.