Modes d’exercice
S’installer en libéral en Nouvelle-Calédonie : ce qu’il faut savoir
En bref — Un médecin français peut s’installer en libéral en Nouvelle-Calédonie sans visa, mais sous un régime local : fiscalité, protection sociale et conventionnement y ont leurs propres règles. Dans les quatre communes du Grand Nouméa, le conventionnement est contingenté, avec liste d’attente (CAFAT, 2025). La densité médicale va de 246,0 pour 100 000 habitants en province Sud à 87,3 aux Îles Loyauté (DASS-NC, 2015).
Peut-on s’installer en libéral en Nouvelle-Calédonie ?
Oui. Un médecin titulaire d’un diplôme français peut exercer en libéral en Nouvelle-Calédonie, sans visa ni permis de travail. Une installation durable dépasse forcément six mois d’exercice par année civile, le seuil fixé par la loi du pays n° 2026-5 du 5 mai 2026, et vous n’êtes plus établi en métropole. Elle impose donc :
- l’inscription au tableau de l’Ordre des médecins de Nouvelle-Calédonie ;
- l’enregistrement des originaux de vos diplômes auprès de la DASS-NC ;
- le transfert de votre dossier ordinal ;
- un rendez-vous avec un conseiller ordinal avant tout début d’activité ;
- une attestation d’assurance en responsabilité civile professionnelle, d’autant plus exigée en libéral.
C’est possible, mais ce n’est pas le bon premier pas. Des quatre façons d’exercer en Nouvelle-Calédonie, l’installation libérale demande le plus de temps, le plus d’engagement financier et la meilleure connaissance du terrain.
Quel statut pour un médecin libéral en Nouvelle-Calédonie ?
Un médecin libéral y est un travailleur indépendant relevant du droit local : imposition locale, contribution locale sur l’activité professionnelle, affiliation locale. Le régime métropolitain ne s’applique pas, car la Nouvelle-Calédonie a ses propres compétences en santé publique et en réglementation sanitaire, sa propre fiscalité et sa propre protection sociale.
Vos réflexes de métropole ne s’appliquent donc pas tels quels : ni le calcul des charges, ni le régime de retraite, ni le conventionnement. Les grandes lignes de la fiscalité applicable à un praticien sont sur la page impôts et fiscalité du médecin.
Le statut de collaborateur libéral existe désormais
Depuis la loi du pays n° 2026-5 du 5 mai 2026, un médecin peut exercer comme collaborateur libéral auprès d’un confrère de la même spécialité (article Lp. 4113-2-1 du code de la santé publique applicable en Nouvelle-Calédonie). Il travaille sans lien de subordination, se constitue sa propre patientèle et relève du régime du travailleur indépendant.
Le contrat est écrit et transmis à l’Ordre. Il fixe notamment la durée, la rémunération, les conditions de rupture et le préavis. La collaboration peut être suspendue pour une grossesse, une adoption ou une naissance, sans rupture possible pendant cette période. C’est une façon de rejoindre un cabinet existant avant d’investir dans le sien.
La télémédecine se déclare avant de commencer
Téléconsultation, téléexpertise ou télésurveillance : chaque pratique de télémédecine fait l’objet d’une déclaration préalable au service de la Nouvelle-Calédonie chargé de la santé, qui peut s’y opposer si les règles ne sont pas respectées (article Lp. 4111-4, créé par la même loi du pays).
CAFAT et aide médicale : qui prend en charge vos patients ?
La CAFAT gère la couverture de base obligatoire des salariés et assimilés : maladie et maternité via le RUAMM, accidents du travail et maladies professionnelles, vieillesse, chômage, famille. Elle gère aussi la couverture maladie des fonctionnaires et des travailleurs indépendants. Les fonctionnaires relèvent d’une caisse locale pour leur retraite, et des mutuelles proposent les complémentaires (CAFAT, 2026).
L’aide médicale est un dispositif provincial, pour les personnes sans assurance obligatoire ou à faibles revenus. Elle ouvre le tiers payant, ne vaut qu’en Nouvelle-Calédonie ou lors d’une évacuation sanitaire, et laisse en principe un ticket modérateur de 10 % à la charge de l’assuré, sauf longue maladie ou exonération (service-public.nc, 2026).
C’est le premier point à instruire : une part importante de votre patientèle relèvera de l’un ou l’autre régime, avec une prise en charge et une facturation différentes de celles de l’assurance maladie métropolitaine.
Le conventionnement est contingenté dans le Grand Nouméa
L’accès au conventionnement n’est pas libre partout, et ce point peut décaler un projet de plusieurs années. La convention médicale type distingue une zone soumise à régulation, formée des quatre communes du Grand Nouméa (Nouméa, le Mont-Dore, Dumbéa et Païta), et le reste du territoire, où le conventionnement n’est pas contingenté (CAFAT, convention médicale type consolidée au 29 juillet 2025, art. 8).
Hors de ces quatre communes, vous indiquez la commune d’installation et instruisez un dossier de conventionnement ordinaire. Dans ces quatre communes, les nouveaux conventionnements sont attribués un par un, selon la priorité et l’antériorité de la demande, sur conclusions d’une commission territoriale et après avis conforme du comité technique de gestion du risque. Sans place, vous vous inscrivez sur une liste d’attente, tenue commune par commune et consultable par les intéressés.
Trois autres règles pèsent sur le calendrier d’un projet libéral :
- Trois mois pour la décision. La CAFAT notifie sa décision dans les trois mois suivant la réception du dossier complet. En cas de refus, les voies de recours de droit commun restent ouvertes.
- Trois mois pour ouvrir. L’autorisation de conventionnement est individuelle et nominative, pour une spécialité donnée. Elle tombe si le praticien ne s’installe pas et n’entre pas en activité dans les trois mois suivant la notification. Une prorogation de deux mois, non renouvelable, est possible en cas de force majeure justifiée.
- Deux ans pour transmettre. Reprendre le cabinet d’un confrère est l’autre porte d’entrée en zone régulée : le successeur obtient de droit le conventionnement dans la même commune, si le cédant y a exercé sous convention pendant au moins deux ans et se déconventionne. En cas de décès du praticien, le transfert est de droit, sans condition de durée.
Quand un médecin cesse son activité dans une commune régulée sans céder son cabinet, son conventionnement lui est retiré, puis proposé au premier praticien prioritaire ou, à défaut, au premier inscrit sur la liste d’attente de la commune. C’est ce mécanisme qui fait avancer la liste (CAFAT, art. 8.9, 2025).
En pratique, une installation libérale à Nouméa se planifie au rythme de la liste d’attente et des cessions de cabinet, pas sur votre date d’arrivée. C’est une des raisons pour lesquelles les praticiens que nous accompagnons arrivent presque tous par un poste salarié ou un remplacement, y compris ceux qui finiront par s’installer.
📍 Où s’installer : la densité médicale par province
Ce sont ces chiffres, plutôt que la photo du lagon, qui doivent guider votre implantation.
Trois constats, qui vont dans le même sens :
- La province Sud concentre l’offre. Sa densité est le double de celle de la province Nord et près du triple de celle des Îles Loyauté (DASS-NC, 2015). Deux habitants sur trois y vivent (DASS-NC, recensement 2019) : c’est là que la concurrence est réelle.
- Les spécialistes ne sortent presque pas de Nouméa. 304 spécialistes exercent dans le Grand Nouméa, soit 94,1 % du total, et aucun n’est installé en province des Îles Loyauté (DASS-NC et INSEE via l’IEOM, 2019).
- Hors du Grand Nouméa, la permanence des soins est publique. Elle est assurée par les centres médico-sociaux, pas par une garde libérale de secteur. Une installation en brousse ou aux Îles ne remplace pas cette offre : elle doit s’y articuler.
Là où il manque le plus de médecins, c’est le salariat public qui recrute, et il recrute en continu. Ces postes sont présentés dans le guide des quatre modes d’exercice.
Quelle aide pour ouvrir son cabinet en province Sud ?
La province Sud verse 6 000 000 F CFP, soit environ 50 280 €, à un médecin ou un chirurgien-dentiste qui crée son cabinet libéral, en trois tiers : à l’arrêté d’attribution, après 18 mois, après 36 mois (Délibération n° 64-2022/APS du 18 octobre 2022, modifiée en dernier lieu le 24 avril 2026). Toute la province est éligible sauf une zone du sud et de l’est de Nouméa.
En contrepartie : au moins 32 heures de consultation par semaine sur 4 jours, les patients de l’aide médicale provinciale et, pour un généraliste, la permanence des soins. Les demandes se déposent jusqu’au 30 septembre 2027. Montants, conditions et aide à l’équipement sont détaillés sur l’aide à l’installation en libéral.
Remplacement, salariat ou libéral : le comparatif
| Critère | Remplacement | Salariat (CMS ou hôpital) | Installation libérale |
|---|---|---|---|
| Engagement | À partir d’un mois, renouvelable | Six mois à deux ans, renouvelable | Plusieurs années |
| Formalités d’Ordre | Allégées sous six mois par an | Inscription complète au-delà de six mois par an | Inscription complète, obligatoire |
| Accès au conventionnement | Sans objet | Sans objet | Contingenté dans le Grand Nouméa, libre ailleurs |
| Investissement de départ | Aucun | Aucun | Local, équipement, trésorerie |
| Logement et véhicule | Selon le poste | Logement de fonction et véhicule de service en CMS | À votre charge |
| Revenu | Immédiat, contractuel | Traitement indexé, avantages en nature selon le poste | Différé, dépendant de la patientèle |
| Réversibilité | Totale | Élevée | Faible |
| Bon pour | Découvrir le territoire | S’installer dans la durée sans risque financier | Un projet mûri, après une première expérience sur place |
C’est pourquoi la grande majorité des praticiens que MEDI’CAL accompagne arrivent par le remplacement ou par un contrat salarié : ils connaissent le terrain avant d’y engager leur patrimoine.
Ce que MEDI’CAL fait, et ne fait pas
Nous pouvons en revanche servir votre projet libéral : vous donner une lecture franche du besoin par territoire, vous placer sur une mission ou un contrat pour connaître la Nouvelle-Calédonie de l’intérieur, et vous éviter les mauvaises surprises du régime local. Beaucoup d’installations réussies commencent par un contrat salarié de six mois.
Questions fréquentes sur l’installation libérale
Peut-on s’installer en libéral à Nouméa quand on veut ?
Non. Nouméa, le Mont-Dore, Dumbéa et Païta forment la zone soumise à régulation de la convention médicale calédonienne : les nouveaux conventionnements y sont attribués un par un, selon la priorité et l’antériorité de la demande. Le praticien qui n’obtient pas de place s’inscrit sur une liste d’attente, à renouveler avant le 31 octobre de chaque année. Deux portes échappent à ce contingentement : reprendre le cabinet d’un confrère conventionné depuis au moins deux ans, ou s’installer hors de ces quatre communes, où le conventionnement reste libre (CAFAT, convention médicale type consolidée au 29 juillet 2025, art. 8).
Y a-t-il des zones sous-dotées où une installation libérale a du sens ?
Oui. La densité médicale est de 246,0 pour 100 000 habitants en province Sud, contre 123,5 en province Nord et 87,3 en province des Îles Loyauté (DASS-NC, 2015). Attention toutefois : hors du Grand Nouméa, la permanence des soins est assurée par les centres médico-sociaux, pas par une garde libérale. Une installation y suppose donc d’articuler son projet avec l’offre publique existante.
Existe-t-il une aide publique pour ouvrir un cabinet ?
Oui, en province Sud : 6 000 000 F CFP pour un médecin ou un chirurgien-dentiste qui crée son cabinet hors d’une zone du sud et de l’est de Nouméa, versés en trois tiers sur 36 mois, contre au moins 32 heures de consultation par semaine (délibération n° 64-2022/APS modifiée, en vigueur au 6 mai 2026). Les demandes se déposent jusqu’au 30 septembre 2027.
Le conventionnement fonctionne-t-il comme en métropole ?
Non. La Nouvelle-Calédonie a son propre régime de protection sociale : la CAFAT gère la couverture maladie des salariés via le RUAMM, celle des fonctionnaires et celle des travailleurs indépendants, et les provinces gèrent l’aide médicale. Les relations entre un praticien libéral et ces organismes obéissent à des règles locales, à vérifier auprès des administrations compétentes avant toute décision d’installation.
Faut-il s’installer en libéral pour tester la Nouvelle-Calédonie ?
Non. L’installation libérale est le plus engageant des quatre modes d’exercice : démarches locales, investissement, patientèle à construire, revenus différés. Pour découvrir le territoire, un remplacement d’un à trois mois ou un contrat salarié de six mois donnent la même connaissance du terrain, avec un engagement et un risque bien moindres. La décision de s’installer vient ensuite, en connaissance de cause.
Diplôme, visa, famille, coût de la vie : les questions générales sont dans la foire aux questions.
Pour aller plus loin
- Combien gagne vraiment un médecin en Nouvelle-Calédonie ? : salarié et remplaçant comparés.
- Où manquent vraiment les médecins en Nouvelle-Calédonie : pour situer votre spécialité et votre commune avant de vous implanter.
- L’aide à l’installation de la province Sud : montants, zone éligible, obligations et date limite.
- S’installer en Nouvelle-Calédonie : la checklist : la vie quotidienne, distincte de l’installation professionnelle.
- Infirmiers et autres soignants en Nouvelle-Calédonie : l’exercice libéral côté paramédical.