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Fiscalité

Fiscalité : comment un médecin est imposé en Nouvelle-Calédonie

En bref — La Nouvelle-Calédonie lève ses propres impôts. Le revenu tiré d’une activité exercée sur le territoire relève d’un barème progressif voté par le Congrès de la Nouvelle-Calédonie, distinct du barème métropolitain. Pour un médecin salarié, la bascule se joue à six mois de séjour ; pour un remplaçant libéral, l’imposition est calédonienne dès le premier remplacement. La monnaie est le franc Pacifique, dont la parité avec l’euro est fixe (1 € = 119,3317 XPF, IEOM), et la protection sociale relève de la CAFAT, pas de la Sécurité sociale métropolitaine.

La Nouvelle-Calédonie a sa propre fiscalité

C’est le point de départ, et il surprend presque tous les praticiens qui nous écrivent : la Nouvelle-Calédonie n’applique pas la fiscalité métropolitaine. Elle vote ses propres impôts. La compétence en matière de santé publique lui appartient depuis 1957, et la loi organique du 19 mars 1999 a conforté l’architecture institutionnelle dans laquelle s’inscrit aussi sa compétence fiscale.

Concrètement, exercer à Nouméa ou à Poindimié ne revient pas à exercer « en France avec une prime » : vous entrez dans un autre système d’imposition, une autre monnaie et une autre protection sociale. C’est une bonne nouvelle plus souvent qu’une mauvaise, mais c’est une nouvelle qu’il faut instruire avant de partir.

Un ordinateur portable et un stéthoscope posés sur un plan de travail.
Deux administrations fiscales, deux barèmes, une seule feuille de route à préparer avant le départ. Banque d’images MEDI’CAL

Le barème calédonien : progressif, par tranches, voté localement

Le mécanisme est familier : un impôt progressif par tranches, avec un quotient familial exprimé en parts, une première tranche non imposable et un taux marginal qui croît avec le revenu. Ce qui change, ce sont les seuils, les taux et les abattements, qui sont fixés par le Congrès de la Nouvelle-Calédonie et non par le Parlement.

Résidence fiscale : deux critères, et une durée

Le principe général est simple à énoncer : un revenu tiré d’une activité exercée en Nouvelle-Calédonie a vocation à être imposé en Nouvelle-Calédonie. Reste à savoir quand vous devenez, vous, résident fiscal du territoire. La direction des services fiscaux de la Nouvelle-Calédonie le formule en une phrase : est résident fiscal calédonien le contribuable qui réside en Nouvelle-Calédonie à titre principal, soit plus de 183 jours, et/ou qui y exerce une activité professionnelle.

Le « et/ou » n’est pas une facilité de style : les deux critères sont alternatifs. L’un suffit. Et cette qualité s’apprécie sur au moins une année civile — c’est le point qui échappe le plus souvent, parce qu’une mission ne s’aligne pas sur le calendrier fiscal.

183 jours
Durée de résidence à titre principal au-delà de laquelle la résidence fiscale est calédonienne Direction des services fiscaux de la Nouvelle-Calédonie · 2024
1 année civile
Période minimale sur laquelle s’apprécie la résidence fiscale — jamais un séjour à cheval sur deux années Direction des services fiscaux de la Nouvelle-Calédonie · 2024

Où serez-vous imposé ? Trois profils, un seuil de six mois

C’est la question que nous recevons le plus, et elle n’a pas une réponse mais trois, selon la façon dont vous exercez. Nous avons posé les trois cas à la direction des services fiscaux de la Nouvelle-Calédonie ; voici sa réponse, telle qu’elle nous a été communiquée.

Règles de rattachement communiquées par la direction des services fiscaux de la Nouvelle-Calédonie (2024). Aucun taux ni seuil de barème n’est reproduit.
Profil Séjour de moins de 6 mois Séjour de plus de 6 mois Rubrique de déclaration en Nouvelle-Calédonie
Praticien hospitalier mis en disponibilité par son établissement français Imposition dans l’hexagone Imposition en Nouvelle-Calédonie Traitements et salaires, ligne NA
Médecin salarié non rattaché à un hôpital Imposition dans l’hexagone Imposition en Nouvelle-Calédonie Traitements et salaires, ligne NA
Libéral ou travailleur indépendant venu effectuer des remplacements Imposition en Nouvelle-Calédonie, au régime des non-résidents Imposition en Nouvelle-Calédonie Bénéfices non commerciaux, ligne HA
Où le revenu est imposé, et dans quelle rubrique de la déclaration calédonienne, selon le statut et la durée du séjour.

Deux enseignements se lisent directement dans ce tableau. Le premier : pour un médecin salarié, qu’il soit praticien hospitalier mis en disponibilité par son établissement français ou salarié sans attache hospitalière, le seuil est de six mois. En deçà, l’imposition reste dans l’hexagone. Au-delà, elle passe en Nouvelle-Calédonie, dans la rubrique des traitements et salaires.

Ces règles décrivent le rattachement. Elles ne disent rien de votre situation personnelle complète, et les difficultés commencent quand celle-ci est mixte — un foyer resté en métropole, une activité libérale conservée, des revenus fonciers, un conjoint qui ne part pas. Dans ces cas, deux administrations coexistent, chacune avec ses règles, et l’articulation entre elles se traite au cas par cas. Trois réflexes utiles :

  • déterminer avant le départ où sera votre résidence fiscale pendant la mission, plutôt que de la découvrir à la première déclaration ;
  • lister les revenus qui resteront de source métropolitaine (locations, placements, activité conservée) — ce sont eux qui créent les situations mixtes ;
  • conserver les justificatifs de dates de présence et les contrats : c’est la pièce qui tranche la plupart des discussions.

Mission courte : le seuil de trois mois n’est pas un seuil fiscal

C’est la confusion la plus fréquente, et elle coûte cher. Le seuil de trois mois structure les formalités d’exercice auprès de l’Ordre des médecins de Nouvelle-Calédonie : en deçà, pas d’inscription au tableau ; au-delà, dossier complet.

Ce seuil n’est pas transposable à la fiscalité. Le calendrier ordinal se compte en trois mois, le calendrier fiscal en six : ce sont deux horloges distinctes, et rien ne les synchronise. Un remplacement d’un à trois mois ne devient pas « fiscalement neutre » parce qu’il reste sous la barre ordinale.

Et pour un remplaçant libéral, aucun des deux seuils ne dispense de déclarer en Nouvelle-Calédonie : un remplacement de six semaines, sans inscription au tableau et sans résidence fiscale calédonienne, se déclare tout de même sur le territoire, en bénéfices non commerciaux, au régime des non-résidents.

L’année de l’arrivée : deux déclarations, pas une

C’est la mécanique que personne n’explique, et elle ne se découvre pas au bon moment quand on ne l’a pas anticipée. L’année où vous partez, vous déclarez deux fois : une fois en métropole, une fois en Nouvelle-Calédonie. Ce n’est pas une double imposition — la convention fiscale du 31 mars 1983 entre la France et la Nouvelle-Calédonie existe précisément pour l’éviter — c’est un partage de l’année civile entre deux administrations.

Ce qui se déclare où, l’année de l’installation.
Auprès de Ce qui se déclare Sur quel imprimé
Centre des finances publiques, en France Les revenus perçus du 1er janvier à la date du départ, puis, séparément, les revenus de source française restés imposables après le départ Imprimé 2042, complété le cas échéant par le 2042-NR
Direction des services fiscaux de la Nouvelle-Calédonie Les salaires et pensions perçus de la date d’arrivée au 31 décembre, les revenus fonciers et de capitaux mobiliers de source calédonienne, et les revenus extérieurs perçus depuis l’arrivée Déclaration calédonienne
Le partage de l’année civile du départ, entre deux administrations fiscales.

Une date à retenir : la déclaration métropolitaine se dépose avant le 30 juin de l’année suivante auprès de votre centre des finances publiques (CHT Gaston-Bourret). Et une habitude à perdre : la Nouvelle-Calédonie ne pratique pas le prélèvement à la source. Votre salaire tombe sans impôt déduit ; l’impôt calédonien se règle après déclaration. La première année, cela donne une impression de revenu net très confortable, suivie d’un appel à payer. Provisionnez.

Les autres prélèvements : CAFAT, RUAMM, retraite

La CAFAT gère la couverture de base obligatoire des salariés et assimilés : maladie et maternité par le RUAMM, accidents du travail et maladies professionnelles, vieillesse, chômage et prestations familiales. Elle gère également la couverture maladie des fonctionnaires et des travailleurs indépendants (CAFAT). La Caisse locale de retraite gère le régime de retraite des fonctionnaires, et des mutuelles proposent les couvertures complémentaires.

Autrement dit : vos cotisations ne partent pas dans les mêmes caisses qu’en métropole, et vos droits ne se construisent pas au même endroit. C’est un sujet à traiter avec votre organisme de retraite avant la signature, particulièrement en cumul emploi-retraite.

À côté du régime obligatoire existe l’aide médicale, dispositif provincial destiné aux personnes sans assurance obligatoire ou à faibles revenus. Elle ouvre le tiers payant, ne vaut qu’en Nouvelle-Calédonie ou dans le cadre d’une évacuation sanitaire, et laisse en principe un ticket modérateur de 10 % à la charge de l’assuré, sauf longue maladie ou exonération (service-public.nc). Vous la rencontrerez tous les jours en consultation de centre médico-social.

10 %
Ticket modérateur de principe restant à la charge du bénéficiaire de l’aide médicale service-public.nc · en vigueur
1 € = 119,3317 XPF
Parité fixe du franc Pacifique, garantie depuis 1999 IEOM · parité fixe

Deux systèmes côte à côte

Comparaison institutionnelle. Aucun taux ni seuil n’est reproduit : ils sont révisés localement.
Sujet France métropolitaine Nouvelle-Calédonie
Qui vote l’impôt sur le revenu Le Parlement, dans la loi de finances Le Congrès de la Nouvelle-Calédonie
Barème applicable Barème métropolitain Barème calédonien, progressif par tranches, propre au territoire
Critères de la résidence fiscale Foyer ou lieu de séjour principal, activité professionnelle, centre des intérêts économiques Mêmes critères, appréciés localement : résidence à titre principal (plus de 183 jours) et/ou activité professionnelle exercée sur le territoire
Monnaie Euro Franc Pacifique, parité fixe 1 € = 119,3317 XPF (IEOM)
Assurance maladie et maternité Sécurité sociale CAFAT, via le RUAMM
Accidents du travail, vieillesse, chômage, famille Régimes métropolitains CAFAT
Retraite des fonctionnaires Régimes métropolitains Caisse locale de retraite
Personnes sans couverture obligatoire Dispositifs nationaux Aide médicale, dispositif provincial, ticket modérateur de principe de 10 %
Ce qui change vraiment entre la métropole et la Nouvelle-Calédonie, du point de vue d’un médecin.

Ce que ça change concrètement, en raisonnant en pourcentages

Trois leviers déterminent l’écart entre un exercice métropolitain et un exercice calédonien, et aucun des trois ne se résume à un montant :

  • l’indexation du traitement public, soit une majoration de 73 % dans le Grand Nouméa et de 94 % dans les autres communes et les îles Loyauté (fonction publique d’État), qui joue sur le brut ;
  • le barème local, qui joue sur le passage du brut au disponible, et dont les seuils ne sont pas ceux de la métropole ;
  • les dépenses que vous ne faites pas : un logement de fonction meublé, un véhicule de service et un billet d’avion pris en charge ne sont pas du revenu, mais ils sortent du budget des postes qui, en métropole, pèsent le plus lourd.

C’est la combinaison de ces trois leviers qui fait la différence, et elle diffère pour chaque praticien. Le détail du premier levier est expliqué sur la page consacrée à la rémunération.

Pour aller plus loin

Six questions sur la fiscalité

Qui décide du barème de l’impôt sur le revenu en Nouvelle-Calédonie ?

Le Congrès de la Nouvelle-Calédonie. La fiscalité fait partie des compétences propres du territoire, confortées par la loi organique du 19 mars 1999. Le barème calédonien est donc voté localement et révisé localement : il n’existe aucune correspondance automatique avec le barème métropolitain, ni dans les taux, ni dans les seuils.

Un remplacement de deux mois relève-t-il de la fiscalité calédonienne ?

Cela dépend de votre statut, pas de la seule durée. Pour un médecin salarié — praticien hospitalier mis en disponibilité ou non —, un séjour de moins de six mois reste imposé dans l’hexagone. Pour un remplaçant libéral, le revenu est imposé en Nouvelle-Calédonie dès le premier remplacement, au régime des non-résidents, dans la rubrique des bénéfices non commerciaux. Le seuil de trois mois qui structure les formalités ordinales n’a, lui, aucune portée fiscale.

Un séjour à cheval sur deux années civiles rend-il résident fiscal calédonien ?

Pas nécessairement. La résidence fiscale calédonienne s’apprécie sur au moins une année civile. L’administration prend elle-même cet exemple : un contribuable arrivé sur le territoire en octobre 2023 et reparti en février 2024 n’est résident fiscal de la Nouvelle-Calédonie ni au titre de 2023, ni au titre de 2024. Le décompte se fait année par année, sans cumuler les mois de part et d’autre du 31 décembre.

Combien de déclarations faut-il remplir l’année de l’installation ?

Deux, et elles ne se recouvrent pas. En métropole, les revenus perçus du 1ᵉʳ janvier à la date du départ, sur l’imprimé 2042 — complété du 2042-NR pour les revenus de source française restés imposables après le départ —, à déposer avant le 30 juin de l’année suivante. En Nouvelle-Calédonie, les salaires et pensions perçus de la date d’arrivée au 31 décembre, ainsi que les revenus fonciers et de capitaux mobiliers locaux. La convention fiscale du 31 mars 1983 évite la double imposition.

Y a-t-il un prélèvement à la source en Nouvelle-Calédonie ?

Non. Le salaire est versé sans impôt déduit, et l’impôt calédonien se règle après déclaration. C’est le piège de la première année : le revenu disponible paraît plus élevé qu’il ne l’est réellement, puis l’avis d’imposition arrive. La règle est simple — provisionner dès le premier mois, comme le ferait un indépendant.

Le franc Pacifique expose-t-il à un risque de change à la déclaration ?

Non. La parité entre le franc Pacifique et l’euro est fixe et garantie depuis 1999 : 1 € = 119,3317 XPF (IEOM). La conversion d’un revenu calédonien en euros ne dépend donc d’aucun taux de marché, ce qui simplifie toute déclaration et tout rapatriement.

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