Terrain
Le poste de médecin en dispensaire
Journée type, astreintes, plateau technique, évacuation sanitaire.
Comprendre le territoire
En bref — La Nouvelle-Calédonie compte 271 médecins pour 100 000 habitants, contre 334 en France métropolitaine (DASS-NC et INSEE, via l’IEOM, 2022). L’écart tient moins au nombre qu’à la répartition : 94,1 % des spécialistes exercent dans le Grand Nouméa, et aucun n’est installé en province des Îles Loyauté. Le territoire consacre 10,1 % de son PIB à la santé, un niveau proche de celui de la métropole (DASS-NC, Situation sanitaire 2022).
Un médecin qui arrive de métropole retrouve ses repères en quelques jours : mêmes diplômes, même pharmacopée, même exigence de qualité. Ce qui change, c’est qui décide. La Nouvelle-Calédonie est compétente en matière d’hygiène et de santé publique depuis 1957 ; la loi référendaire de 1988, puis la loi organique du 19 mars 1999 issue de l’accord de Nouméa, ont conforté cette compétence.
Résultat : le territoire vote sa réglementation sanitaire, organise sa protection sociale et planifie son offre de soins. Ce n’est pas une déclinaison locale du système français, c’est un système à part entière.
Trois provinces ont été créées par le décret du 24 juillet 1989 : la province Sud, la province Nord et la province des îles Loyauté. Chacune dispose de sa propre administration sanitaire, et le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie conserve une direction territoriale, la DASS-NC.
| Niveau | Compétences | Administration |
|---|---|---|
| La Nouvelle-Calédonie | Hôpitaux, planification sanitaire, réglementation, chaîne de distribution du médicament, surveillance de l’état de santé de la population, formation des professionnels | DASS-NC |
| Les provinces | Médecine de proximité — donc les centres médico-sociaux — et aide médicale | DPASS au Sud, DASSPS au Nord, DACAS aux îles Loyauté |
| L’Agence sanitaire et sociale (ASS-NC) | Financement des structures hospitalières, programmes de prévention, accès au droit à la santé, baromètre santé | Établissement public créé en 2001 |
Cette répartition n’est pas un détail administratif : elle détermine qui vous emploie. Un poste hospitalier relève de la Nouvelle-Calédonie, un poste de centre médico-social relève d’une province. Deux employeurs, deux régimes, et c’est l’une des raisons pour lesquelles aucune grille de rémunération unique n’existe sur le territoire.
La CAFAT gère la couverture de base obligatoire des salariés et assimilés : maladie et maternité par le RUAMM, accidents du travail et maladies professionnelles, vieillesse, chômage et prestations familiales. Elle couvre également la maladie des fonctionnaires et des travailleurs indépendants. La Caisse locale de retraite gère le régime de retraite des fonctionnaires, et des mutuelles proposent les couvertures complémentaires (CAFAT).
À côté du régime obligatoire, l’aide médicale est un dispositif provincial destiné aux personnes sans assurance obligatoire ou à faibles revenus. Elle ouvre le tiers payant, ne vaut qu’en Nouvelle-Calédonie ou dans le cadre d’une évacuation sanitaire, et laisse en principe un ticket modérateur de 10 % à la charge de l’assuré, sauf longue maladie ou exonération (service-public.nc).
Enfin, les évacuations sanitaires hors du territoire — pour un acte diagnostique ou thérapeutique non réalisable en Nouvelle-Calédonie — sont organisées par le Contrôle médical de la CAFAT : tout médecin peut en formuler la demande, une commission se réunit une fois par semaine et un recours est possible auprès d’une commission d’appel (CAFAT).
Ce n’est pas un dispositif marginal, et c’est même l’un des indicateurs les plus parlants du système calédonien. En 2022, 1 229 évacuations sanitaires ont été organisées, soit une moyenne de 102 départs par mois, et 96 % d’entre elles l’ont été pour des soins spécialisés indisponibles sur le territoire — pas pour des urgences (DASS-NC, Situation sanitaire 2022). Cinquante-deux vols spéciaux ont dû être affrétés. Le volume avait chuté pendant la crise sanitaire, de 1 312 par an en 2018-2019 à 727 en 2020-2021, avant de repartir avec la réouverture des frontières.
Qui part, et pourquoi ? 159 de ces évacuations concernent des mineurs, d’âge médian 6 ans, majoritairement pour des malformations congénitales — cardiaques en tête. Chez l’adulte, l’âge médian est de 58 ans, et deux motifs dominent : les tumeurs (39 %, dont bronches, poumons et prostate) et les maladies de l’appareil circulatoire (32 %). Autrement dit : la cancérologie lourde et la cardiologie interventionnelle sont les deux domaines où le territoire atteint sa limite.
La Nouvelle-Calédonie consacre à la santé 10,1 % de son produit intérieur brut, un niveau proche de celui de la France métropolitaine, où la dépense courante de santé représente 11,9 % du PIB (DASS-NC, Situation sanitaire 2022). Ce n’est donc pas un système sous-doté : c’est un système inégalement réparti, ce qui n’est pas la même chose.
Le financement se partage entre le RUAMM pour 60,1 %, les provinces pour 16,1 %, le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie pour 13 %, les mutuelles pour 9,3 % et les ménages pour 1,5 % seulement. Et le détail qui intéresse directement un candidat : 69 % de la consommation de soins va aux « soins courants », un poste qui inclut explicitement, dans la nomenclature de la DASS, les soins délivrés en centres médico-sociaux et en dispensaires. Le dispensaire n’est pas une annexe du système calédonien : il en est une composante budgétaire identifiée.
| Établissement | Implantation | Rôle |
|---|---|---|
| Centre hospitalier territorial Gaston-Bourret — le Médipôle | Koutio, Dumbéa | Établissement de référence du territoire : 90 000 m² sur 15 hectares, 528 lits et places, plus de 2 000 agents dont 250 médecins et chirurgiens (CHT Gaston-Bourret). Ouvert au public en décembre 2016. |
| CHS Albert-Bousquet | Nouville, Nouméa | Seul établissement public hospitalier psychiatrique du territoire. Trois grands services : gérontologie clinique, pédopsychiatrie et psychiatrie générale, avec des antennes médico-psychologiques en province Nord et aux Îles (gouvernement de la Nouvelle-Calédonie). |
| Centre Hospitalier du Nord | Koumac et Poindimié, avec le pôle sanitaire de Koné | Offre hospitalière de la province Nord, articulée avec les centres médico-sociaux et les évacuations sanitaires vers Nouméa (DASS-NC). |
| Secteur privé | Nouméa | Clinique Kuindo-Magnin et centre de radiothérapie, en complément de l’offre publique (DASS-NC). |
Le détail des postes hospitaliers, spécialité par spécialité, est traité sur la page exercer à l’hôpital en Nouvelle-Calédonie.
C’est la particularité la plus structurante du territoire, et celle qui étonne le plus les praticiens métropolitains : hors du Grand Nouméa et de quelques communes de la côte ouest, la permanence des soins n’est pas assurée par une garde libérale, mais par les dispensaires.
La Province Nord publie une liste de 17 centres médico-sociaux, chacun désigné par le nom français de la commune et son nom kanak — Bélep (Dau Ar), Canala (Xârâcùù), Hienghène (Hyehen), Houaïlou (Waa Wii Luu), Koné (Koohnê), Poindimié (Pwêêdi Wiimîâ), Touho (Tuo Cèmuhi), Voh (Vook), et d’autres. Aux îles Loyauté, la compétence sanitaire relève de la DACAS, qui gère plusieurs dispensaires répartis sur Lifou, Maré et Ouvéa.
La Province Sud, la plus peuplée — elle concentre deux habitants sur trois —, en exploite 13, de Bourail à l’Île des Pins, par sa direction provinciale de l’action sanitaire et sociale (DPASS). La distinction à retenir est interne : cinq d’entre elles sont en zone isolée et assurent les urgences 24 heures sur 24 — Bourail, La Foa, Thio, Yaté et Vao, à l’Île des Pins — quand les six autres, dans le Grand Nouméa et sa périphérie, tiennent des consultations de jour. Trois des sites isolés portent d’ailleurs le nom d’UPASS, unité provinciale de l’action sanitaire et sociale, et non de CMS.
Un centre médico-social n’est pas un cabinet. Il assure la consultation, l’urgence de proximité, une hospitalisation courte, la PMI, la médecine scolaire, le suivi gynécologique, les visites à domicile et les visites en tribu. La réalité quotidienne du poste est décrite sur la page médecin en dispensaire (CMS).
Commençons par corriger une idée reçue : la Nouvelle-Calédonie n’est pas un désert médical global. Le territoire compte 271 médecins pour 100 000 habitants en 2022, contre 334 en France métropolitaine à la même date, et la densité y a progressé — elle était de 222 en 2012 (DASS-NC et INSEE, via l’IEOM). Pour les seuls généralistes, l’écart est plus faible encore : 157 contre 178 pour 100 000 habitants. Le territoire comptait 2 929 professionnels de santé en 2022, en hausse de 19,2 % par rapport à 2012.
La pénurie est territoriale, pas globale. Et c’est là que les chiffres deviennent frappants. En 2019, 304 médecins spécialistes exerçaient dans le Grand Nouméa, soit 94,1 % du total du territoire ; à la même date, aucun médecin spécialiste n’était installé en province des îles Loyauté (DASS-NC et INSEE, via l’IEOM).
Le gradient se lit aussi province par province. En 2015, la densité médicale était de 246,0 pour 100 000 habitants en province Sud, de 123,5 en province Nord et de 87,3 en province des îles Loyauté, pour une moyenne territoriale de 209,4 médecins curatifs (DASS-NC, Situation sanitaire en Nouvelle-Calédonie — Mémento). Un praticien qui s’installe en brousse ou aux Îles ne comble pas un manque relatif : il comble un manque absolu.
Les spécialités le plus régulièrement citées comme déficitaires sont la psychiatrie, la médecine d’urgence, la gastro-entérologie, la pneumologie, l’oncologie, l’ophtalmologie et l’ORL, auxquelles s’ajoutent les chirurgiens-dentistes et les infirmiers. C’est une tendance de recrutement, pas un volume mesuré : nous ne la chiffrons pas.
| Indicateur | Valeur | Année | Source |
|---|---|---|---|
| Densité médicale — Nouvelle-Calédonie | 271 / 100 000 hab. (222 en 2012) | 2022 | DASS-NC et INSEE, via l’IEOM |
| Densité médicale — France métropolitaine | 334 / 100 000 hab. | 2022 | DASS-NC et INSEE, via l’IEOM |
| Densité médicale — France (hexagone) | 337 / 100 000 hab. | 1ᵉʳ janvier 2023 | DREES |
| Densité de généralistes — Nouvelle-Calédonie / France | 157 contre 178 / 100 000 hab. | 2022 | DASS-NC et INSEE, via l’IEOM |
| Professionnels de santé en Nouvelle-Calédonie | 2 929, en hausse de 19,2 % par rapport à 2012 | 2022 | DASS-NC et INSEE, via l’IEOM |
| Spécialistes exerçant dans le Grand Nouméa | 304, soit 94,1 % du total du territoire | 2019 | DASS-NC et INSEE, via l’IEOM |
| Spécialistes installés en province des Îles Loyauté | Aucun | 2019 | DASS-NC et INSEE, via l’IEOM |
| Densité médicale par province | Sud 246,0 · Nord 123,5 · Îles Loyauté 87,3 / 100 000 hab. | 2015 | DASS-NC, Situation sanitaire en Nouvelle-Calédonie — Mémento |
| Densité de médecins curatifs — Nouvelle-Calédonie | 209,4 / 100 000 hab. | 2015 | DASS-NC, Mémento |
| Médecins inscrits à l’Ordre | 1 019 | mai 2024 | Ordre des médecins de Nouvelle-Calédonie |
| Centres médico-sociaux en Province Nord | 17 structures | liste en vigueur | Province Nord |
| Médipôle — surface et capacité | 90 000 m² sur 15 hectares, 528 lits et places | ouvert en décembre 2016 | CHT Gaston-Bourret |
| Médipôle — personnel | Plus de 2 000 agents, dont 250 médecins et chirurgiens et 930 infirmiers et aides-soignants | données publiées | CHT Gaston-Bourret |
| Surpoids et obésité chez les adultes | Deux adultes sur trois en surpoids ou obèses : 28 % de surpoids et 38 % d’obésité, stables depuis 2015 | 2021-2022 | ASS-NC, Baromètre santé adulte |
| Diabète chez les adultes, mesuré par dépistage | Plus de 10 %, et 5,7 % de pré-diabète, chez les 18-64 ans | 2021-2022 | ASS-NC, Baromètre santé adulte |
| Diabète reconnu en longue maladie | 15 653 personnes, soit 6 % de la population — l’écart avec le dépistage mesure le diabète non diagnostiqué | 2022 | DASS-NC, Situation sanitaire 2022 |
| Leptospirose — incidence | 98 contre 1 pour 100 000 habitants en France métropolitaine, lors de l’année record 2022 (266 cas, pour une moyenne de 81) | 2022 | DASS-NC, Situation sanitaire 2022 |
| Tuberculose — incidence | 32 cas, soit 11,9 pour 100 000 habitants | 2022 | DASS-NC, Situation sanitaire 2022 |
| Rhumatisme articulaire aigu | 183 nouveaux cas (68 pour 100 000) ; 5 008 enfants dépistés en CM1, dont 89 porteurs d’une cardiopathie rhumatismale | 2022 | DASS-NC, Situation sanitaire 2022 |
| Évacuations sanitaires hors territoire | 1 229 organisées, dont 96 % pour des soins indisponibles sur le territoire | 2022 | DASS-NC, Situation sanitaire 2022 |
| Dépense courante de santé | 10,1 % du PIB, contre 11,9 % en France métropolitaine ; financée à 60,1 % par le RUAMM et à 16,1 % par les provinces | 2022 | DASS-NC, Situation sanitaire 2022 |
| Population de la Nouvelle-Calédonie | 269 815 habitants au 1ᵉʳ janvier, en baisse de 0,5 % ; la province Sud en concentre deux sur trois | 2022 | DASS-NC, Situation sanitaire 2022, d’après l’ISEE-NC |
| Structures médico-sociales par province | 17 en province Nord, 13 en province Sud dont 5 assurant les urgences 24 h/24 | 2026 | Province Nord ; Province Sud, DPASS |
| Aires coutumières kanak | 8 aires ; Sénat coutumier de 16 membres | en vigueur | Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie |
Le profil épidémiologique calédonien n’est pas celui de la métropole, et c’est l’un des vrais gains d’expérience du séjour. Les valeurs ci-dessous sont celles de la Situation sanitaire de la Nouvelle-Calédonie 2022, le rapport annuel de la DASS-NC.
Quatre conséquences pratiques, et elles décrivent assez bien le métier tel qu’il se pratique ici :
Terrain
Journée type, astreintes, plateau technique, évacuation sanitaire.
Établissements
Médipôle, Centre Hospitalier du Nord, CHS, clinique privée.
Offres
Les profils sur lesquels MEDI’CAL recrute en continu.
L’Ordre des médecins de Nouvelle-Calédonie recensait 1 019 médecins inscrits en mai 2024, hospitaliers, libéraux et salariés de dispensaires confondus. Rapporté à la population, cela représente 271 médecins pour 100 000 habitants en 2022, contre 334 en France métropolitaine à la même date (DASS-NC et INSEE, via l’IEOM).
Les provinces. La répartition des compétences sanitaires est nette : la Nouvelle-Calédonie est responsable des hôpitaux, de la planification et de la réglementation, tandis que les provinces sont compétentes pour la médecine de proximité, donc pour les centres médico-sociaux, et pour l’aide médicale. L’hôpital est territorial, le dispensaire est provincial.
C’est l’organisme qui s’en rapproche le plus. La CAFAT gère la couverture de base obligatoire des salariés et assimilés : maladie et maternité par le RUAMM, accidents du travail et maladies professionnelles, vieillesse, chômage et prestations familiales. Elle couvre aussi les fonctionnaires et les indépendants pour la maladie. Les régimes métropolitains ne s’y substituent pas.